Tu vas te faire poser une prothèse de genou — ou tu y réfléchis sérieusement. Le rendez-vous avec le chirurgien est un moment clé, mais beaucoup de patients en sortent avec plus de doutes qu’en entrant. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas posé les bonnes questions.
En 22 ans de cabinet, j’ai vu des centaines de patients revenir de consultation en me disant : « Il m’a dit que tout irait bien, mais je ne sais toujours pas… » Voici les 10 questions essentielles à préparer, avec les explications de pourquoi chacune compte.
Question 1 : « Quel type de prothèse allez-vous me poser, et pourquoi celle-là ? »
Pourquoi c’est important : Il existe des dizaines de modèles de prothèses (totale, unicompartimentale, postéro-stabilisée, à conservation du croisé, à charnière…). Chacune a des indications précises. Comprendre le choix de ton chirurgien te permet de mieux appréhender les suites opératoires et les résultats attendus.
Ce que tu veux entendre : Le chirurgien doit t’expliquer pourquoi il choisit ce modèle pour toi, en fonction de ton anatomie, ton âge, ton niveau d’activité et le stade de ton arthrose.
Question 2 : « Combien de prothèses de genou posez-vous par an ? »
Pourquoi c’est important : Le volume opératoire est directement corrélé aux résultats. Les études (recommandations HAS) montrent que les chirurgiens qui posent plus de 50 PTG par an ont de meilleurs résultats et moins de complications.
Ce que tu veux entendre : Un chiffre concret. Un bon chirurgien spécialisé en pose entre 80 et 200+ par an. Ce n’est pas une question gênante — c’est une question légitime de patient informé.
Question 3 : « Quels sont les risques spécifiques dans MON cas ? »
Pourquoi c’est important : Les risques généraux (infection, phlébite, raideur), tu les connais. Mais tes risques dépendent de ton profil : surpoids, diabète, tabagisme, antécédents chirurgicaux, état de la peau, qualité osseuse.
Ce que tu veux entendre : Une évaluation personnalisée de tes facteurs de risque et des mesures préventives envisagées (arrêt du tabac, équilibrage du diabète, perte de poids pré-opératoire).
Question 4 : « Quelle amplitude articulaire puis-je espérer atteindre ? »
Pourquoi c’est important : L’amplitude de flexion conditionne ta vie quotidienne. Pour monter les escaliers, il faut 90-100°. Pour faire du vélo, 105-110°. Pour s’asseoir confortablement dans une voiture, 90°.
Ce que tu veux entendre : Un objectif réaliste basé sur ta flexion actuelle. En général, tu récupères au maximum la flexion que tu avais avant l’opération. Si tu as 90° avant, ne t’attends pas à 130° après.
Question 5 : « Combien de temps durera mon arrêt de travail ? »
Pourquoi c’est important : L’arrêt de travail varie de 2 à 12 mois selon ton métier. Anticiper te permet d’organiser ta vie professionnelle, de prévenir ton employeur et éventuellement de demander un aménagement de poste.
Ce que tu veux entendre : Une estimation adaptée à ton métier précis. Décris tes tâches concrètement : « Je porte des caisses de 20 kg » ou « Je suis assis devant un écran 8h par jour. » Le chirurgien pourra te donner une fourchette réaliste.
Anecdote cabinet :
Christine, 56 ans, aide-soignante. Elle n’avait pas posé la question de l’arrêt de travail à son chirurgien. Elle pensait reprendre à 3 mois, comme sa collègue de bureau. Sauf que son métier implique des transferts de patients, des marches prolongées, du port de charges. Il a fallu 7 mois d’arrêt et un mi-temps thérapeutique. Si elle avait su, elle aurait mieux anticipé financièrement et psychologiquement.
Question 6 : « Quelle sera la rééducation, et pendant combien de temps ? »
Pourquoi c’est important : La rééducation est au moins aussi importante que l’opération elle-même. Un patient bien rééduqué avec un bon chirurgien a de meilleurs résultats qu’un patient mal rééduqué avec un excellent chirurgien.
Ce que tu veux entendre : Un plan clair : kiné à domicile ou en cabinet, fréquence (3 à 5 fois/semaine au début), durée totale (3 à 6 mois), et les grandes étapes (exercices à domicile, reprise de la marche, du vélo, etc.).
Question 7 : « Quand pourrai-je reconduire ? »
Pourquoi c’est important : La reprise de la conduite conditionne ton autonomie quotidienne. Si tu vis en zone rurale sans transports en commun, c’est crucial.
Ce que tu veux entendre : En général 6-8 semaines pour le genou droit (freinage), 4-6 semaines pour le genou gauche (boîte automatique). Mais chaque cas est différent.
Question 8 : « Quels sports pourrai-je pratiquer après ? »
Pourquoi c’est important : Si tu es sportif, c’est une question vitale. Certains sports sont compatibles (vélo, marche nordique, aquagym, natation), d’autres non (course à pied, sports de contact).
Ce que tu veux entendre : Une réponse adaptée à TES activités. Nomme tes sports préférés et demande un avis clair pour chacun. Connaître les mouvements interdits est aussi essentiel.
Question 9 : « Quelle est la durée de vie de cette prothèse ? »
Pourquoi c’est important : Surtout si tu as moins de 60 ans. Les prothèses actuelles durent en moyenne 15-25 ans, mais ça dépend de ton activité, ton poids et le type d’implant.
Ce que tu veux entendre : Des chiffres précis sur le modèle que le chirurgien utilise, avec ses propres statistiques de reprise si possible. Un bon chirurgien connaît ses résultats à long terme.
Question 10 : « Que se passe-t-il si le résultat n’est pas satisfaisant ? »
Pourquoi c’est important : Environ 15-20 % des patients ne sont pas pleinement satisfaits après PTG (données Cochrane). Douleurs résiduelles, raideur, insatisfaction fonctionnelle… Savoir à l’avance quel est le plan B te rassure et te prépare.
Ce que tu veux entendre : Le chirurgien doit expliquer les options en cas de problème : rééducation renforcée, mobilisation sous anesthésie, arthrolyse, ou dans les cas extrêmes, reprise chirurgicale. Un chirurgien qui ne parle que de succès sans évoquer les échecs possibles n’est pas complètement transparent.
Bonus : comment préparer ta consultation
- Note tes questions sur papier ou téléphone — en consultation, le stress fait oublier
- Viens accompagné si possible — quatre oreilles valent mieux que deux
- Apporte tes radios récentes et tes comptes-rendus d’imagerie
- Décris ta douleur concrètement : quand, où, intensité (sur 10), impact sur ta vie
- N’hésite pas à demander un deuxième avis : c’est ton droit et c’est recommandé pour toute chirurgie majeure
FAQ
Mon chirurgien semble pressé, est-ce normal ?
Les consultations sont souvent courtes (15-20 minutes), mais un bon chirurgien doit prendre le temps de répondre à tes questions. Si tu sens que tu n’as pas eu assez de temps, demande un second rendez-vous de pré-opératoire dédié aux questions. C’est tout à fait légitime.
Puis-je choisir mon modèle de prothèse ?
En théorie non — c’est le chirurgien qui choisit le modèle adapté à ton anatomie et ses habitudes opératoires. En pratique, tu peux demander des explications sur le choix et éventuellement consulter un autre chirurgien qui utilise un modèle différent si tu as des doutes.
Faut-il éviter certains chirurgiens ?
Méfie-toi d’un chirurgien qui propose l’opération dès la première consultation sans avoir essayé les traitements conservateurs, qui minimise les risques (« ça va très bien se passer, aucun souci »), ou qui ne répond pas clairement à la question du volume opératoire. Un bon chirurgien est transparent, réaliste et à l’écoute.
Pour préparer au mieux ton opération et ta rééducation, télécharge mon guide gratuit prothèse de genou — il couvre toutes les étapes, de la pré-opération au retour à l’autonomie.
Par Cyril Capela, kinésithérapeute D.E. — 22 ans en cabinet, spécialisé chirurgie orthopédique.